A sa juste place

Être à leur juste place paraît être une posture très importante pour les loups. Chaque individu endosse en effet un statut et une fonction précise au sein de la meute, qui peut alors être structurée, opérationnelle et efficiente.

La meute, dans les dessins, est symbolisée par un trait bleu – plus ou moins épais- entourant chaque loup. Une sorte de membrane épousant les corps, contenant chaque individu, lui assurant sécurité et sentiment d’appartenance. Un trait bleu délimitant chacun dans ce qu’il est, notamment vis à vis du groupe (statut/fonction). En adoptant chacun précisément son statut (délimitation claire), le groupe peut être structuré, cohérent, la meute peut survivre.

Le format horizontal suggère la grande mobilité du loup (en état sauvage, il peut se déplacer sur une soixantaine de kms dans la journée, voire plus). Les arbres représentent la verticalité suggérée par la posture du loup qui hurle.

Cette nécessité d’être « à sa juste place » dont témoigne le loup, nous invite à nous pencher sur les places que nous prenons (ou pas) nous-mêmes : suis-je à ma juste place dans mon cercle familial, dans mon environnement professionnel, dans la société dans laquelle j’évolue ? Suis-je toutefois suffisamment « délimité » pour savoir quelle est ma juste place? Dans un sens plus large et moins individuel, la question de la place se pose bien sûr lorsqu’il s’agit de penser l’humain dans son environnement. Quel place s’y donne-t-il ? Quel espace accepte-il consciemment de laisser aux autres espèces animales ? Des questions plus que d’actualité. Quelle est sa « juste place » au sein des autres espèces ?

Quelle place est-il susceptible d’offrir aujourd’hui à une espèce comme le loup, longtemps pourchassée, éradiquée même de certains endroit du globe (le loups occupait tout l’hémisphère nord) ? Malgré son statut d’espèce protégée, le loup continue en effet aujourd’hui à subir des attaques régulières, justifiées par une nécessité de « régulation » et de « gestion de l’espèce ».

 

Cette série de dessins a été réalisée suite à un stage que j’ai effectué auprès des loups du Parc du Gévaudan, en Lozère, organisé par la Dresse Anna Evans. J'ai eu ainsi l'opportunité de mieux connaître cette espèce. Cette rencontre m'a donné l'envie de mettre en forme toute la matière offerte durant ce stage, à travers mon médium de prédilection qui est le dessin. Envie de témoigner via un trait, une palette claire, des mises en scène, cette beauté du Sauvage, cette intelligence groupale, cette présence forte qui semblent émaner du loup. Parce que le dessin, comme d'autres formes d'art, peut être un formidable outil de transmission, j'espère contribuer, à mon humble niveau, à véhiculer une image positive de cette espèce.

 

La majorité des loups des dessins ont eu comme modèles les photographies de Mme Pascale Menetrier-Delalandre et de Mme Véronique Hénoux, photographes, avec leur très aimable autorisation. Ces loups ont été photographiés au Parc du Gévaudan, Lozère.